Arguments pour
--Accepter un acte de générosité. « Donner » son corps le temps d’une grossesse pour qu’un couple puisse accueillir son propre enfant est un acte altruiste de haut niveau. C’était la motivation essentielle des mères porteuses françaises à la fin des années 80. Cet acte est parfois proposé par des proches de la femme qui ne peut porter son enfant : la mère, la sœur, une amie…
--Eviter le tourisme procréatif. Plusieurs pays dans le monde acceptent le recours aux mères porteuses. Il s’agit notamment des Etats-Unis, du Canada, de la Belgique, de la Grande-Bretagne, des Pays-Bas, de l’Ukraine, du Danemark et de la Grèce, soit cinq pays de l’Union européenne. D’autres pays, comme l’Inde, accepte cette pratique et procède à une industrialisation du procédé comme il sera objecté par les opposants à cette légalisation. Accepter le recours aux mères porteuses permettrait donc d’éviter deux poids-deux mesures entre ceux qui disposant des moyens financiers et culturels d’établir des contacts avec l’étranger en ce sens, et ceux qui, pour diverses raisons, ne le peuvent pas. Selon cet argument, c’est le maintien du principe d’égalité qui prévaut.
--Eviter les problèmes d’Etat civil. Comme le suggère l’affaire Mennesson, recourir aux mères porteuses à l’étranger n’est pas sans poser problème lors du retour en France des parents biologiques avec leur enfant. Qui est cet enfant ? L’enfant de sa mère selon la législation française ? Qui est sa mère selon la loi ? Celle qui accouche l’enfant. CQFD. Or, l’intérêt de l’enfant, ici celui d’avoir une identité légale, un état-civil, sans lequel aucun acte de la vie courante ne peut être réalisé (avoir un passeport, voter, passer un examen…), est primordial, selon notre culture, sur l’ensemble des autres principes pouvant être mis en avant.
--Ne pas refuser le progrès des technologies médicales. Alors que le don de gamètes, mâles et femelles, spermatozoïdes et ovules, est permis, que le don d’embryon est accepté, pourquoi est-ce que le prêt de son corps serait-il interdit à une personne consentante ? En vertu de quels principes éthiques ou moraux ? Ne serait-ce pas nier l’intérêt du progrès de la science dans le domaine médical que de refuser ce progrès qui nous tend les bras ?
--Aider à combattre la souffrance des femmes qui ne peuvent avoir d’enfants. Au-delà de la question de la convenance qui pourrait motiver des femmes à ne pas accoucher (peur de l’accouchement, peur de la décrépitude du corps par la suite, anxiété par rapport à la souffrance…), il existe un certain nombre de raisons purement médicales qui empêchent des femmes de pouvoir porter leurs enfants. C’est le cas des femmes dont l’utérus a été altéré par une radiothérapie par exemple, des femmes touchées par le syndrome de Mayer-Rokitansky-Küster-Hauser. Au total, on estime, selon la Croix, à 300 le nombre de femmes concernées par le syndrome de Mayer et l’hémorragie de la délivrance. Or dans la société qui est la nôtre, il existe une forte pression sociale (sans parler des pressions biologiques et psychologiques) à ce que les femmes en âge de procréer le fassent. Cela explique en partie les niveaux de fécondité dans notre pays, et cela renforce la souffrance de celles qui ne peuvent assumer le rôle social qui leur est conféré.
--Un mouvement se dessine dans l’opinion. Non pas que les français, selon les enquêtes d’opinion, soient devenus majoritairement pour cette évolution, mais 1/3 d’entre eux n’y sont pas opposés. Or on le sait les lois qui entraînent de profonds changements ne peuvent se faire sans l’assentiment d’une part importante de la population. Pour deux raisons au moins, primo, parce qu’elle permet aux partisans de cette évolution de disposer de soutiens et de relais dans l’opinion publique, secundo, parce qu’elle coupe du coup l’herbe sous les pieds des opposants, plus de soutiens dans l’opinion, c’est moins d’opposants dans la rue, sur les forums internet, dans les colonnes des journaux. Aujourd’hui, néanmoins, du point de vue de l’opinion publique, la partie n’est pas gagnée pour les partisans d’une légalisation. Ces derniers ont toutefois réussi leur premier pari : celui de mettre sur la place publique la question. Elle n’est plus taboue. C’est une première étape, indispensable, dans la reconnaissance de la gestation pour autrui.
--Cela s’est déjà fait, cela se fait. L’argument qui vise à démontrer que ces pratiques sont anciennes et encore actuelles, malgré l’interdiction, sont quelque peu spécieuses du point de vue de la morale du débat public, mais constitue un fait. En France, comme je le rappelais en introduction, cela a été une réalité tolérée pendant quatre ans. Et aujourd’hui encore, sans que l’on sache combien de personnes sont concernées, cette pratique à cours. Si ce n’est dans des centres sur le territoire national au moins par des citoyens se rendant à l’étranger.
--Et le père dans tout cela ? On considère souvent que la question des mères-porteuses touche surtout les femmes. Il est vrai qu’il n’existe pas de père-porteur et pour cause. Cependant, « les femmes ne peuvent pas faire des enfants toutes seules ». A un moment donné au moins, un peu avant la fécondation, l’homme est nécessaire. Par sa présence, et son éjaculation, ou par contumace, en ayant congelé son propre sperme ou en donnant son sperme dans un Cecos. Or dans le cas d’un couple de parents potentiels, un homme et une femme donc au sens de la loi, si l’on a vu la puissance du souhait, désir ou besoin, féminin, la place du père, de son souhait, de son désir ou besoin, est négligée. Il dispose lui aussi du droit à avoir des enfants, si tant qu’il existe. Et dans une société libre, il peut décider avec qui il souhaite les avoir. Si cette femme qu’il veut pour mère de ses enfants ne peut accueillir la gestation de leur enfant, ne subit-il pas là une double-peine. Celui de voir souffrir sa femme et celui de ne pas pouvoir être père.



